Découvrez ma tribune sur le commerce extérieur de la France publiée le 6 février 2017 dans Les Échos.

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Les Échos.fr – Commerce extérieur : regardons (enfin) vers l’Afrique !

Alors que le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace vers l’Afrique, la France ne parvient toujours pas à résorber le déficit de son commerce extérieur. La faute notamment à un mauvais positionnement géographique.

C’est un déficit chronique dont on parle trop peu, mais qui est pourtant révélateur de la santé de notre économie : celui du commerce extérieur. Si un vent protectionniste souffle aujourd’hui sur une partie du monde, la France ne peut, quant à elle, continuer à faire l’autruche. L’ouverture au monde de notre économie est l’un des facteurs essentiels de sa croissance et notre échec en la matière n’est pas une fatalité. À condition de s’en donner (enfin) les moyens et de regarder (en face) le monde de demain !

De l’aveu même de Matthias Fekl, secrétaire d’État au Commerce extérieur, dans les colonnes du Figaro en août dernier, 2016 ne devrait pas être une bonne cuvée. Tirée par la chute des prix du pétrole qui a considérablement réduit notre facture énergétique durant le quinquennat, force est de reconnaître que la courbe de notre déficit commercial s’était jusqu’alors inversée, passant de 70 milliards d’euros en 2011 à 45,7 milliards en 2015. Avec un premier semestre à plus de 24 milliards d’euros de déficit, l’année 2016 devrait, en revanche, être synonyme de rechute. D’après la Fondation iFRAP, le déficit du commerce extérieur hexagonal aurait coûté près d’un point de croissance en 2016, « ce qui signifie que sans ce déficit la croissance aurait atteint 2%« .

Au-delà de ces statistiques peu flatteuses se cachent en réalité les véritables handicaps structurels de l’économie tricolore. En effet, le tarissement de nos exportations s’explique en grande partie par notre décrochage industriel et, comme l’explique l’économiste Laurence Daziano dans une étude pour la Fondapol, réside plus particulièrement dans « l’inadaptation de notre appareil productif à la demande ».

Autrement dit, l’industrie française a fait le choix du milieu de gamme, coincée entre la compétitivité prix face à laquelle elle ne pourra jamais rivaliser avec les acteurs émergents et la compétitivité hors prix dont l’Allemagne a fait son moteur à l’export. Plus globalement, nos mauvaises performances internationales sont le reflet de la détérioration continue de la compétitivité de nos entreprises, faisant de la diplomatie économique chère à Laurent Fabius une chimère. Comment, en aval, vendre notre savoir-faire à l’étranger si, en amont, les PME tricolores demeurent parmi les plus taxées d’Europe ?

Aussi, bien que nos grands groupes constituent des fleurons incontestables à l’international, bien installés dans l’économie globalisée, notre tissu de TPE-PME reste quant à lui insuffisamment tourné vers l’export. Pour preuve, d’après l’INSEE, en 2015, un peu moins de 9% des entreprises françaises exportaient ; bien loin du Mittelstand allemand.

Ce faisant, la part de marché de la France dans les exportations mondiales n’a cessé de reculer depuis près de trente ans, passant d’un peu plus de 6% en 1990 à seulement 3,5% en 2014, soit deux fois moins que l’Allemagne. Au sein de l’Union européenne, qui polarise plus de la moitié des exportations hexagonales, notre affaiblissement commercial est patent : la part de marché tricolore est passée de 12,5% en 2000 à 9% en 2013 et le déficit extérieur de la France à l’égard de l’UE se hissait à 15 milliards d’euros en 2015.

Cependant, au-delà du positionnement commercial des produits français et du manque de compétitivité de nos entreprises, ce recul s’explique également par la concentration géographique de nos activités à l’international. Ainsi, alors que le Vieux continent absorbe près de 60% des exportations hexagonales, la France est à l’inverse insuffisamment orientée vers les pays émergents qui ne représentent que 15% de nos échanges. L’Afrique est concernée au premier chef.

En effet, la moitié des pays aux plus fortes croissances économiques au monde sont aujourd’hui africains, engagés sur la voie de la diversification. Hier, tirés par les matières premières, leurs taux de croissance le sont désormais par la consommation et l’essor des classes moyennes. Et l’Afrique subsaharienne francophone de tirer son épingle du jeu avec près de 5% en 2015 selon la Banque mondiale !

Or, si elle enregistre avec l’Afrique un excédent de plus de 5 milliards d’euros en 2015, la France demeure trop peu présente sur ce continent, poumon démographique de demain et futur épicentre de la croissance mondiale. En effet, face à la concurrence des pays émergents notamment, la part de marché hexagonale y a fondu de moitié en quinze ans pour s’établir à seulement 5,8 % en 2012. Un recul qui illustre les difficultés françaises à s’adapter aux nouvelles routes du commerce international.

Pour preuve, Business France, l’opérateur public chargé de l’aide à l’export, compte moins de dix bureaux en Afrique subsaharienne – celui du Nigéria, locomotive économique du continent, venant à peine d’ouvrir – alors que son réseau couvre plus de 70 pays à travers le monde. De la même manière, en 2013, un rapport de la Cour des comptes révélait que les effectifs diplomatiques de la France avaient été réduits de près de 15% en Afrique depuis 2007. Une évolution qui contraste nettement avec les mutations de ce continent ainsi qu’avec les stratégies opérées par nos concurrents.

En d’autres termes, le repli protectionniste n’est pas une option : la France ne peut demeurer une grande puissance si elle n’est pas ouverte sur le monde et notamment vers l’Afrique, nouveau centre de gravité de l’économie mondiale et où les potentialités de nos entreprises sont immenses. Regardons enfin vers l’avenir, car il est africain !

Erwan DAVOUX