Naissance du mouvement RP9
Une réaction à la «radicalisation» de son parti
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A l’instar de son mentor Alain Juppé, Erwan Davoux (à droite), en faisant l’éloge d’Emmanuel Macron, s’éloigne de plus en plus des Républicains, à qui il reproche leur virage ultra-conservateur (Ph. EBD)

Erwan Borhan Davoux, le représentant des Républicains, à la 9e circonscription des Français à l’étranger, qui comprend les pays du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, prend ses distances avec son parti. Pour ce chiraquien convaincu, proche d’Alain Juppé, les idées prônées par un Laurent Wauquier, candidat favoris à la tête du parti de droite… sont beaucoup trop à droite.

«Je m’inscris dans la filiation gaulliste et chiraquienne qui  combat les idées de l’extrême droite plutôt que de lui faire échos», déclare ce natif de Tunisie. «A quoi sert de promettre qu’il n’y aura jamais d’alliance avec le Front national, si les Républicains  reprennent exactement le même discours que ce parti?» s’interroge Davoux, qui vient de lancer, en réponse à la «radicalisation» de son parti, un mouvement, le «Rassemblement pour la Neuvième» (RP9).

Un mouvement, dit-il, «ouvert à tous et compatible avec l’adhésion à d’autres formations politiques». Le RP9 s’adresse particulièrement aux Français résidant dans la circonscription, qui n’en compte pas moins de 170.000, et dont le Maroc est le chef de file. Si Erwan Davoux ne parle pas de rupture officielle avec son parti, il n’en reste pas moins que le rapprochement  avec le LREM est plus que visible.

A l’instar de son mentor Alain Juppé, Davoux ne tarit pas d’éloges sur Emmanuel Macron et la politique menée par le nouveau Chef de l’État. «La France a repris sa place au sein des grandes nations, et en Europe en particulier»,  précise ce diplômé de Sciences Po Paris et de l’INALCO (études arabes).

«J’apprécie particulièrement que la France ait retrouvé sa place au Moyen-Orient (évoquant la médiation du Président français entre l’Arabie Saoudite et le Liban au sujet de Rafiq Hariri, ndlr), exactement comme dans la tradition chiraquienne», insiste l’ex-candidat aux élections législatives, qui rappelle d’ailleurs qu’Edouard Philippe, le Premier ministre du Gouvernement Macron, était  également très proche d’Alain Juppé.

Le fondateur du RP9 ne signe pas pour autant un chèque en blanc au Président français. Et c’est sur les questions concernant les Français à l’étranger que les reproches fusent. La question de l’enseignement français à l’étranger reste le plus grand point de désaccord. Une question d’une brûlante actualité au Maroc, où les parents d’élèves  expriment leur colère face aux  coupes budgétaires et suppressions de postes, répétées, au sein de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).

Le Maroc est en effet  le pays le plus important de l’enseignement français dans le monde, avec une quarantaine d’établissements et plus de  32.000 élèves inscrits.  «Malheureusement, l’Etat ne cesse de se désengager. Les crédits consacrés à l’enseignement français à l’étranger ne cessent de diminuer depuis 2012, la conséquence est que la charge financière supportée par les familles ne cesse d’augmenter.

Cette hausse continue des frais de scolarité n’est pas acceptable. Scolariser son enfant quand on vit à l’étranger ne doit pas être un luxe, c’est un droit! L’enseignement français à l’étranger s’adresse aussi aux étrangers qui choisissent la langue et la culture françaises.

Ce double objectif doit perdurer, ce n’est pas négociable», déplore Erwan Davoux. Le président du RP9 propose de sanctuariser le budget de l’Etat consacré à l’enseignement français et de réformer la gouvernance de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) pour donner davantage de pouvoirs aux associations de parents d’élèves.