Découvrez ma tribune sur le « miracle ivoirien » publiée le 15 décembre 2016 dans Les Échos.

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Les Échos.fr – Le retour du miracle ivoirien

« Le miracle ivoirien n’est pas un mirage mais une réalité ». Cette phrase prononcée en 1974 par Félix Houphouët-Boigny retrouve aujourd’hui une tonalité toute particulière. Après une longue et éprouvante crise interne qui l’a fortement ébranlée, la Côte d’Ivoire a réemprunté depuis cinq ans les chemins – parfois escarpés – de la paix et de la croissance qui l’avaient si longtemps caractérisée.

Le miracle est tout d’abord politique. Certes non sans heurts ni difficultés, la crise de 2011 a laissé place cinq ans plus tard aux succès que l’on connaît aujourd’hui. Succès du retour à l’apaisement et à la stabilité. Succès des différents scrutins électoraux qui se sont déroulés dans le calme et dans la transparence. Succès en matière de concorde et de réconciliation nationales, incarné par la Commission « dialogue, verité et réconciliation ». Succès, enfin, du président Alassane Ouattara, réélu dès le premier tour le 25 octobre 2015 à la tête de la Côte d’Ivoire.

Symbole de ce renouveau politique, le récent référendum réformant la constitution a permis de raffermir et moderniser en profondeur la démocratie et le parlementarisme ivoiriens. Surtout, il a enterré définitivement le concept d’ « ivoirité », qui a tant cristallisé les tensions depuis son instauration. Ces succès politiques indéniables, à rebours des tumultes qui émaillent encore le sous-continent, sont à mettre au crédit tant du peuple ivoirien que de ses dirigeants et ravivent avec acuité cette idée un temps compassée d’ « exception ivoirienne ».

Le miracle est également économique. Depuis 2011, la croissance a redécollé de manière impressionnante. Au-delà de l’effet de rattrapage consécutif à l’atonie des années Gbagbo et de la crise de 2010-2011, ce miracle réside dans la mise en place de réformes structurelles, orientées vers la relance de l’économie et l’assainissement des finances publiques. Résultat : la dette publique demeure inférieure à 50% du PIB, l’inflation – certes dynamique depuis 2014 – se maintient sous le seuil fixé à 3% pour les pays de l’UEMOA et le taux de chômage est l’un des plus bas de la sous-région.

L’investissement est lui aussi sorti de sa léthargie. La politique de grands travaux engagée par le gouvernement, illustrée notamment par la finalisation de l’autoroute reliant Abidjan à Yamoussoukro et facilitée par l’amélioration de l’environnement des affaires, a ainsi permis de doper les créations d’emplois.

Symboles de cette attractivité et de cette stabilité retrouvées, la Banque africaine de développement a réinstallé son siège à Abidjan et les grands groupes internationaux se bousculent à la porte des marchés publics. Si quelques ombres au tableau persistent et si cette embellie peine encore à gommer les inégalités ainsi qu’à se faire pleinement ressentir chez tous les Ivoiriens, force est de reconnaître les « progrès remarquables » réalisés par la locomotive de l’Afrique de l’Ouest pour reprendre les termes employés par Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international. Dès lors, toujours selon le FMI, la Côte d’Ivoire devrait se hisser à la première place du palmarès de la croissance économique en Afrique subsaharienne entre 2016 et 2018.

Le miracle est enfin diplomatique. Forte de sa stabilité politique et de sa vigueur économique restaurée, la Côte d’Ivoire a retrouvé tout son poids dans la sous-région et sur la scène internationale. Ce « come-back » a permis de redorer l’image du pays – ternie par la crise – dans le concert des nations, et ce en réchauffant ses relations aussi bien avec les États-Unis qu’avec l’Europe, l’Asie ou l’Amérique latine. Sur le continent, Abidjan a participé à la relance du Conseil de l’Entente tandis qu’Alassane Ouattara a présidé la CEDEAO de 2012 à 2014 et est aujourd’hui à la tête de l’UEMOA. Un retour en force qui illustre la bonne santé politique et économique d’un pays sur lequel peu aurait osé parier il y a cinq ans.

Autrement dit, il règne aujourd’hui sur la Côte d’Ivoire comme un air de fierté retrouvée. Fierté dont les quelque 18 000 Français installés dans le pays sont les témoins privilégiés. Fierté qui doit permettre d’ouvrir une nouvelle page de notre relation bilatérale, empreinte de respect et de fraternité, les regards tournés vers l’avenir.

Incontestablement, le « miracle ivoirien » a retrouvé ses plus belles lettres de noblesse. Espérons dans ce contexte que les élections législatives du 18 décembre ainsi que l’échéance présidentielle de 2020 permettent d’assurer la pérennité de l’héritage des cinq dernières années.

Erwan DAVOUX