Dans le cadre de mon déplacement au Maroc, j’ai donné une interview au Huffington Post Maroc le 6 février 2017.

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Malgré la crise politique qui secoue actuellement le parti français des Républicains, pour les candidats aux législatives de 2017, « the show must go on ». Erwan Davoux est le candidat du Parti de droite à la 9ème circonscription des Français à l’étranger, qui regroupe 16 pays d’Afrique, dont le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.

Étant le territoire qui compte le plus de ressortissants français, le Maroc est un passage obligé pour Erwan Davoux. Ce proche d’Alain Juppé n’avance cependant pas en terrain conquis. En 2012, c’est le candidat du Parti socialiste, Pouria Amirshahi, qui a largement remporté le scrutin avec 62,39% des voix au deuxième tour, un score qu’il doit notamment au vote des binationaux.

Dans l’entretien qu’il accorde au HuffPost Maroc, Erwan Davoux revient sur ce qu’il considère être les priorités des Français de l’étranger, la polémique sur la déchéance de nationalité ou encore la situation des écoles françaises au Maroc.

 

HuffPost Maroc : Aux dernières élections, les binationaux ont majoritairement voté à gauche. Comment comptez-vous conquérir cet électorat ?

Erwan Davoux : C’est vrai qu’aux dernières élections, les binationaux ont été tentés par François Hollande. Mais ils n’ont pas voté à gauche de tout temps. Jacques Chirac faisait de très bons scores au temps de sa présidence. C’est un peu le discours de « droite dure » qui les a éloignés. En même temps, ils ont été déçus par le quinquennat de François Hollande, notamment à cause du projet de déchéance de nationalité qu’il a mis sur la table, et qu’il voulait par ailleurs inscrire dans la Constitution qui est le socle de nos valeurs.

Un projet que j’ai combattu car j’estime que c’était tout à fait inefficace, car on n’empêchera pas un djihadiste de commettre un attentat. C’était également dangereux d’un point de vue juridique car cela créait une différence entre Français. Je pense que beaucoup de binationaux l’ont ressenti comme tel. Je considère cela comme une tache indélébile dans le quinquennat de François Hollande.

Certes il l’a regretté par la suite, mais je doute un peu de sa sincérité étant donné qu’il l’a déclaré alors qu’il annonçait qu’il n’était pas candidat à sa réélection. C’est un regret un peu tardif sur un sujet qui est assez important. Et puis je constate que durant le quinquennat de François Hollande, la France est restée une forteresse pour des gens qui ont des compétences à apporter et qui ont du mal à venir en France, mais une passoire pour l’immigration clandestine. D’une manière globale, je pense donc que les binationaux sont déçus par le bilan de François Hollande et auront du mal à voter pour le candidat du parti socialiste.

La 9ème circonscriptions regroupant 16 pays, gère-t-elle des problématiques différentes ?

Il y a des problématiques communes, comme la question des frais de scolarité qui ne cessent d’augmenter. C’est particulièrement le cas au Maroc et cela pose un vrai problème car l’enseignement français à l’étranger a une double mission : scolariser les enfants français à l’étranger, mais aussi diffuser la culture et les valeurs françaises. Il y a donc vocation également de scolariser des enfants « étrangers », mais les coûts de scolarité deviennent prohibitifs. C’est une problématique qui se pose dans toute la région. Il faut trouver un moyen de contenir cette hausse, probablement en réformant le fonctionnement de l’Agence d’enseignement du français à l’étranger, qui a pour l’instant le statut d’un établissement public administratif, ce qui est un peu rigide. Il va falloir évoluer vers la voix du financement public-privé pour agrandir les établissements français à l’étranger, les mettre aux normes. Ces établissements sont un vecteur d’influence exceptionnel pour la France.

Il y a d’autres questions communes, notamment les questions de fiscalité. Les Français de l’étranger ont été assujettis pendant le quinquennat de François Hollande à de nouvelles taxes qui contribuent à éponger le déficit de l’assurance maladie, alors même que c’est une population qui n’en bénéficie pas. Il y a aussi des questions de sécurité qui peuvent se poser ici ou là dans la circonscription où certains pays sont en crise. Il y a aussi des choses très positives qui ressortent de cette circonscription. Cette région doit être une priorité stratégique pour la France si elle veut peser encore dans les affaires du monde. Mais un lien sur des nouvelles bases bien entendu.

L’éducation est donc une priorité pour les ressortissant français au Maroc…

L’éducation est vraiment une priorité dans toute la zone. On constate qu’il y a de moins en moins d’enfants français qui sont scolarisés dans les écoles de l’Agence de l’enseignement du français à l’étranger car justement, les frais de scolarité sont trop élevés. C’est donc le terrain de bataille principal : trouver de nouveaux financements, des partenariats public-privé, peut être accroitre le nombre d’établissements en révisant les critères d’homologation de ces établissements qui sont très stricts.

Ce n’est pas sur ce genre de budget que la France doit faire des économies de bouts de chandelle. Ce sont des sujets d’avenir, d’influence mais aussi d’équité car pour un Français à l’étranger, cela ne devrait pas être un luxe de scolariser ses enfants.

Que pensez-vous du projet du Lycée Descartes de Rabat de supprimer les filières professionnelles ?

Cela forcerait les parents à envoyer les enfants passer des bacs pros en France, où ils n’ont pas forcément d’attache. C’est une grosse erreur. Je ne pense pas que l’avenir soit de supprimer ce type de filières, au contraire : il faut développer ces filières à l’étranger.

 

Au cours d’un déplacement au Maroc, Myriam El Khomry, ministre française du Travail, est revenue sur la situation des salariés français embauchés sous contrat de travail d’étranger au Maroc. Ces contrats ont systématiquement une durée d’un an, même si la personne est engagée en CDI. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Je sais que c’est un problème particulièrement crucial au Maroc et que la jurisprudence a fait que des contrats qui étaient à l’origine de CDI sont devenus de fait des CDD, et que beaucoup de personnes se trouvent dans cette situation difficile. Je pense que cela devra être typiquement le genre de sujet que l’on devra aborder quand les élections seront passées en France, et que l’on aura un nouveau gouvernement. Avec nos amis Marocains, nous pourrons alors évoquer cette situation qui est très difficile pour nos compatriotes. Mais c’est une question qui doit se régler au niveau des gouvernements, d’où l’intérêt d’être un député de la majorité pour peser sur ce genre de question.

06/02/17