Découvrez l’interview que j’ai donnée au « Maroc Diplomatique » le 19 février 2017.

Accéder à l’interview

Maroc Diplomatique – Rencontre avec Erwan Davoux

Erwan Davoux, est un gars de chez nous. Un enfant du Maghreb, grandi sur les bancs de la mission française où il apprend l’arabe classique, qu’il parle parfaitement, un gamin joyeux qui découvre les amitiés loyales sur les terrains de foot au bord des plages. Cet enfant du soleil vit désormais à Paris, où de prestigieuses études à Sciences-Po l’ont appelé. Quelques années plus tard, il devient une personnalité qui compte sur l’échiquier politique de l’Hexagone. D’abord diplomate, puis séduit par la défense de la « diversité » par Alain Juppé, il devient l’un de ses proches et continue sans faillir à porter ses valeurs. Aujourd’hui, il se lance dans la bagarre pour conquérir cette neuvième circonscription des Français de l’étranger, belle et complexe zone du sud,  composée de 16 pays. (Le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest). Cette circonscription si spéciale, qu’il connaît par cœur et depuis l’enfance, cette terre qu’il porte en lui,  il veut la gagner et ne veut qu’elle. Ainsi, partageant son temps entre Paris où se décideront les grandes réformes, le Maghreb et l’Afrique. En résumé, il paraît sincère quand il dit que tout son temps, il nous le consacre.

Erwan Davoux, si vous êtes élu, quelle sera votre action en faveur des franco-marocains ?

Il faut d’abord rappeler que les binationaux ont été les grands oubliés du quinquennat de François Hollande, et cela en dépit de belles promesses. Insidieusement, les franco-marocains sont devenus les ” invisibles” de la République à l’étranger. Pourtant, cette population représente une composante à part entière de la Nation. J’ai d’ailleurs été profondément choqué par le projet de déchéance de nationalité pour les seuls binationaux, cette idée nauséabonde proposée, récemment, par François Hollande.  J’ai évidemment dénoncé ce projet avec vigueur et indignation. Car, comment peut-on, sous-couvert de lutte anti-terroriste, stigmatiser ainsi des millions de français ? Chacun sait bien que l’effet dissuasif est nul.  Il faut être un piètre stratège pour imaginer qu’un djihadiste endoctriné puisse renoncer à passer à l’acte, de crainte de perdre sa nationalité française. Ce type de pensée politique est dangereux, n’est-ce pas la double-nationalité elle-même qui est visée in fine ? On a tenté d’inscrire dans la Constitution qui est le socle de nos valeurs, une différence choquante en Droit, entre Français. Cela n’était plus arrivé depuis le régime de Vichy et restera comme une tâche indélébile sur le quinquennat socialiste. Aujourd’hui, nous avons besoin de rassembler les Français, tous les Français, car la France est “riche de sa diversité”, comme disait Jacques Chirac. Les binationaux sont une passerelle naturelle entre leur deux pays. Ils ont vocation à faire vivre la relation bilatérale au quotidien. Et j’ai bien l’intention de les aider à remplir cette mission essentielle pour nous tous.

Si vous êtes élu, quelle latitude vous sera laissée par Paris, pour résoudre les problèmes récurrents que nous rencontrons au Maroc ?

L’une des priorités pour moi est l’enseignement français à l’étranger. Le Maroc est un pays phare dans ce domaine, comptant le plus grand nombre d’établissements français au monde (39) et d’élèves scolarisés (environ 32 000). L’inauguration récente d’un lycée français à Agadir témoigne de la vitalité de ce réseau. J’ai évidemment quelques idées personnelles sur la question. En effet, J’ai moi-même effectué toute ma scolarité dans un lycée français à l’étranger : celui de la Marsa en Tunisie. J’ai participé à la création de l’Association des Anciens élèves des Lycées Français du Monde (ALFM). Je considère que le développement du réseau d’enseignement français doit être une priorité stratégique. Hélas, le quinquennat de François Hollande a ruiné tous les efforts entrepris dans ce sens par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. A peine élue, la gauche s’est empressée de supprimer la gratuité progressive pour les classes de lycée. Dans le même temps, les crédits alloués par l’Etat ont chuté de 8,2% depuis 2012. Le résultat immédiat de ces mesures injustes pour les Français de l’étranger, a été l’augmentation permanente de la part supportée par les familles dans les frais de scolarité. Et ce n’est pas tout. Seuls 5% des élèves qui bénéficiaient d’une prise en charge financière sous le quinquennat précédent bénéficient actuellement d’une bourse.

Cela est insupportable. Scolariser ses enfants à l’étranger ne doit pas être un luxe mais un droit ! Je condamne également le projet de supprimer les filières professionnelles du lycée Descartes de Rabat ; c’est le contraire même de ce qu’il fait faire ! Cela forcerait certains parents à envoyer leurs enfants passer des bacs pros en France, où ils n’ont pas forcément d’attache. Je ne pense pas que l’avenir soit de supprimer ce type de filières, au contraire, il faut les développer….

Il est temps de réformer et moderniser profondément l’Agence pour l’Enseignement Français à l’étranger, en associant à son fonctionnement les parents d’élèves et les entreprises. Il est également urgent de permettre aux volontaires du service civique et aux Volontaires Internationaux en Administration (VIA) de servir dans des établissements d’enseignement. Nous devons mettre en place un recours innovant, sur la base de financements publics-privés et initier un nouveau programme d’investissements ambitieux. Dans l’école républicaine, je ne peux concevoir que l’on puisse trier les enfants français par l’argent ! 

Autre problématique, plus méconnue de nos compatriotes, mais qui représente, elle aussi, une injustice flagrante, c’est la fiscalité. Il faut savoir qu’aujourd’hui, les Français résidant à l’étranger sont considérés par le gouvernement socialiste comme des exilés fiscaux. C’est inadmissible. Je veux changer cela et restaurer pleinement l’équité fiscale en faveur de ces Français. Mes propositions sont les suivantes :

  • Supprimer l’assujettissement des Français de l’étranger à la Contribution sociale généralisée (CSG) et la Contribution pour la réduction de la dette sociale (CRDS).
  • Définir la résidence en France comme principale et non comme une résidence secondaire taxée comme telle.
  • Réviser le code général des impôts et les conventions qui nous lient à des États étrangers notamment sur la question du paiement des retraites constituées à l’étranger.

Vous pouvez retrouver mon programme complet sur mon site www.erwandavoux.fr

 

Au Maroc, vos principaux concurrents aux législatives de juin argumentent essentiellement sur le fait qu’ils vivent au Maroc, au plus près de la population concernée. Certains sont candidats « sans étiquette ». Qu’en pensez-vous ?

Ah oui, c’est là une stratégie quelque peu démagogique de la part de candidats qui n’ont aucune possibilité d’intervention effective ou de peser au niveau national. Le lieu de résidence serait une preuve de compétence ? Et pourquoi pas une hiérarchie aussi : entre telle ou telle ville ou tel ou tel pays ? Tout cela n’est pas sérieux. Je rappelle qu’un député siège à Paris. Si nous voulons un changement de fond de notre statut, une vraie fronde contre le système injuste qui nous paupérise aujourd’hui notamment, au Maroc, cela ne se jouera pas autour d’une table dans un café de Casablanca, mais à l’Assemblée nationale, exclusivement.

La présence sur le terrain est néanmoins une nécessité absolue. Je passe moi-même deux semaines par mois dans la 9ème circonscription dont je connais parfaitement tous les défis, les enjeux, ainsi que les personnes et les réseaux propres à nous aider dans nos missions sur place. Le reste du temps, j’agis pour les Français de l’étranger à Paris, où se prennent la plupart des décisions !

Concernant l’absence d’« étiquette » politique que vous évoquez, elle est respectable lorsqu’elle est choisie, beaucoup moins lorsqu’elle est subie.  Par ailleurs, un député sans étiquette n’a aucune chance de se faire entendre à l’Assemblée Nationale où se discuteront, exclusivement, les vraies réformes que j’ai proposées plus haut. L’appartenance à un groupe politique est indispensable pour peser sur le processus législatif.  La politique ne doit pas servir à flatter les égos des candidats. Un élu doit avant tout être utile pour ses électeurs.

Pour conclure cet entretien, je me permets une digression ! Je tiens à féliciter chaleureusement le Maroc qui vient de réintégrer l’Union Africaine. Je souhaite des liens toujours plus solides entre nous, la France et le Maroc, car nous avons, par tradition, le devoir et le goût de travailler ensemble, main dans la main !

19/02/17