Découvrez l’interview que j’ai donnée à « Seneweb » lors de mon déplacement au Sénégal fin mars.

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Seneweb – Interview d’Erwan Davoux

Camarade de parti de François Fillon, Erwan Davoux est candidat pour Les Républicains dans la 9e circonscription des Français de l’étranger. Circonscription qui englobe 16 pays de l’Afrique de l’Ouest et du Nord. De passage au Sénégal, il s’est entretenu avec Seneweb. Entretien dans lequel, il décline ses ambitions pour les français de l’étranger et s’exprime sur les questions, telles que l’immigration, la colonisation, les promesses non tenues aux anciens combattants, les relations entre la France et l’Afrique etc. Interview…

Erwan Davoux, que comptez-vous apporter aux français de la 9ème circonscription s’ils vous accordent leur confiance ?

Quand on est candidat, il est important de parcourir l’ensemble des pays de la Zone. La 9eme circonscription, c’est 16 pays. Elle comprend l’Afrique de l’ouest et l’Afrique du Nord. C’est ce que je fais actuellement, pour écouter les attentes et les préoccupations de nos compatriotes. Et à partir de cela bâtir un programme qui leur est dédié. Je vois quelques priorités qui reviennent. Par exemple, la question de l’enseignement français à l’étranger. Nous avons un réseau exceptionnel, mais il y a quelques problèmes à résoudre. Notamment la question des coûts. Les frais de scolarité sont relativement élevés et dissuadent certains de scolariser leurs enfants dans un établissement français. Ce qui n’est pas normal. Il y a aussi la question des bourses qui sont trop peu nombreuses et ne permettent pas de compenser l’augmentation des frais de scolarité. Il y a aussi la question de la fiscalité. Durant le quinquennat de François Hollande, les impôts ont augmenté et les français de l’étranger n’ont pas été épargnés. Il faudra revenir sur certaines taxes qui leur ont été imposées et qu’ils n’ont manifestement pas supportées.

Lors des dernières élections, ce sont  plutôt vos adversaires de la gauche qui avaient gagné dans cette circonscription…

Beaucoup de binationaux ont été tentés par la gauche et François Hollande en 2012. Je crois qu’ils doivent beaucoup regretter leur choix aujourd’hui. À la fois en termes de combat contre les inégalités sociales, contre le chômage et pour retrouver la croissance, François Hollande a échoué. Ceux qui étaient dans une situation précaire sont demeurés dans une situation précaire.  Et il y a eu un projet très fâcheux, qui n’a concerné que les binationaux. Cette fameuse question de la déchéance de la nationalité que le président François Hollande voulait inscrire dans la constitution qui est pourtant le socle de nos valeurs républicaines. Ce projet je l’ai fortement combattu.

Pourquoi ?

D’abord, parce qu’il n’avait rien de dissuasif. En revanche, on a stigmatisé des millions de Français. On a voulu inscrire une différence en droit entre, si j’ose dire, vrais français et français suspects. Et je trouve cela lamentable. Jacques Chirac, qui a motivé mon entrée en politique, disait que la France est riche par sa diversité. Je le crois profondément. Et c’est ce message que je veux porter dans cette circonscription. Tous les français sont des français à part entière. Les français de l’étranger ne sont pas des citoyens de seconde zone et les binationaux ne sont pas des français de deuxième catégorie.

Quel regard jetez-vous sur l’actuelle politique française en Afrique ?

Mon regard est très critique. La politique de François Hollande en Afrique s’est limitée à l’aspect sécuritaire ou militaire. Il y a eu cette intervention au Mali qui était nécessaire et nous l’avons soutenu. Mais elle a été tardive et la France est arrivée seule. Et quand la France arrive seule il y a toujours des soupçons, des arrière-pensées, sur ce qui pourrait guider réellement l’intervention. Je crois qu’il aurait fallu construire une coalition internationale. Ceci dit, l’intervention au Mali est un point positif. Mais les points positifs, je n’en vois pas beaucoup d’autres. L’influence de la France en Afrique recule. Lors du sommet de Bamako, Hollande lui-même a dit que la France ne cherchait pas d’influence en Afrique. Ce qui est une grave erreur. L’Afrique s’éveille, la France s’endort. C’est un contresens historique. Banaliser la relation avec l’Afrique comme l’a fait François Hollande est une erreur manifeste.

Que proposez-vous alors ?

Réinventer une nouvelle politique africaine qui ne soit pas une réminiscence de la Francafrique dont personne ne veut. Une nouvelle politique basée sur l’égalité, la sortie de la période postcoloniale avec une coopération à fort accent économique, notamment avec le secteur privé, en privilégiant des d’entreprises mixtes franco-sénégalaises, des joint-ventures, des parrainages, des montages mixtes en faisant aussi passer beaucoup de projets par la société civile, en soignant davantage l’image de la France auprès des jeunesses africaines. Cette image est dégradée. Il y a un effort de communication à faire et, peut être, davantage associer la jeunesse aux grands sommets internationaux. La France doit prêter une importance particulière à la Francophonie. Moi je plaide pour un visa francophone de longue durée. Parce que beaucoup d’élèves, qui n’ont pas la nationalité française, mais qui ont fait leurs études dans une école française, ont les pires difficultés pour poursuivre leur cursus universitaire en France. Je le déplore. C’est une perte pour la France.  Et je pense qu’il faudra instaurer un visa quasi automatique pour ces personnes. Qui ont fait une scolarité dans l’enseignement français qui on le bac avec une mention bien, très bien, qui ont du mérite. Ils devraient pouvoir venir en France sans toutes ces tracasseries.

La France se ferme de plus en plus à l’immigration africaine. Sur la question, le discours de l’extrême droite, par exemple, est très révélateur. Qu’en pensez-vous ?  

Sur l’immigration, le front national a un discours totalement démagogique. La France doit avoir une immigration choisie. Il est normal que la France reçoive des immigrés. Mais elle ne doit pas donner l’image d’une forteresse. La France ne peut  pas être un pays qui compte dans le monde sur la scène internationale si elle n’est pas  ouverte sur le monde. Il faut être fidèle à nos valeurs : liberté, égalité fraternité. Et il faut être ouvert sur l’étranger, sur l’autre, sur celui qui est différent. Parce que sinon la France délivre un message négatif et n’est plus attractive. La France a souvent les volets clos, elle est repliée sur elle-même et je le déplore. J’appelle les hommes politiques à être à la hauteur, à délivrer des messages positifs aux français et non pas renforcer les inquiétudes.

L’immigration africaine semble être profondément stigmatisée par nombre d’hommes politiques français…

Certaines personnalités politiques sont dans la schizophrénie. Marine Le Pen par exemple, qui dit du mal des africains et qui se rend pourtant au Tchad en Afrique. Donc il y aurait les bons africains qu’il peut rencontrer, les chefs d’Etat, et les mauvais africains, les populations. Je trouve profondément choquant. Je crois que la France ne devrait pas oublier la dette qu’elle a envers l’Afrique, notamment les combattants africains qui ont participé à sa libération et que la France ne serait pas totalement ce qu’elle est aujourd’hui si les africains n’avaient pas combattu pour sauver la liberté et sauver la France qui était occupée. La France ne doit pas l’oublier. Si elle est une puissance qui compte aujourd’hui, si elle a pu s’asseoir à la table des vainqueurs à  la fin de la seconde guerre mondiale, elle le doit beaucoup à l’Afrique et aux africains. Donc moi, je condamne ce climat général de dénigrement. Il y a bien cette nécessité de maitriser les flux migratoires, ça s’impose à tous. En revanche, la stigmatisation de tout ce qui est différent, une autre nationalité, une autre religion, une autre couleur de peau, une autre langue, je la condamne profondément.

Mais Fillon, qui est de votre camp politique, a qualifié la colonisation d’échange culturel. Vous partagez son avis ?

Moi je soutiens le candidat des Républicains Monsieur François Fillon puisque je suis fidèle à ma  famille politique. En revanche, celui qui a motivé mon engagement politique c’est Jacques Chirac. Et c’est cette ligne que je suis. Je considère que non, la colonisation n’a pas été un partage de cultures et d’expérience parce que pour qu’il y ait partage, il faut être sur le même pied d’égalité. Or, le système colonial était inégalitaire par essence. Il ne pouvait donc pas y avoir de véritable partage. Maintenant, j’appelle au partage d’expériences, des cultures et au dialogue puisque nous sommes entrés dans une autre ère et que notre dialogue se fasse sur un pied d’égalité.

Les anciens combattants aussi attendent toujours la reconnaissance que la France leur doit …

François Hollande avait prévu d’attribuer la nationalité française aux anciens combattants qui avaient porté l’uniforme français et mis leur vie en danger. Cette promesse de plus n’a pas été honorée. Il faudra, si nous remportons les élections, que l’on regarde cette question de près parce qu’il me semble que lorsqu’on a combattu pour la France, porté l’uniforme, on a le lien qui est établi et qui permet de dire que la personne mérite la nationalité française puisqu’elle a défendu la nation au péril de sa vie. Donc nous avons une dette envers nos anciens combattants. Il faut l’honorer.

Quel est le message que vous lancez aux français de la 9ème circonscription ?

Je leur dis que je me présente à cette élection  parce que c’est la région dans laquelle j’ai grandi, j’ai vécu où j’ai toutes mes attaches. Et c’est une partie du monde que j’aime. Je fais une campagne avec mes propres moyens et de mon parti politique. Mon adversaire, lui, fait campagne avec quelques facilités que lui procure l’Etat. Il n’a pas vécu dans cette circonscription si ce n’est deux années. A Dakar, en tout et pour tout. Je leur dis donc choisissez quelqu’un qui est de votre circonscription, quelqu’un qui a pris tous les risques pour vous représenter et quelqu’un qui saura  porter votre voix à l’Assemblée nationale et vous rendre visite régulièrement une fois qu’il sera élu.

01/04/17